Seuil

  • Jésus est à la mode. Historiens, écrivains, cinéastes tentent de percer le mystère : qui était l'homme de Nazareth ? A-t-il eu un père ? Qu'ambitionnait-il de faire ? Pourquoi est-il mort ? Ce livre n'esquive aucune question. Il est l'œuvre d'un historien, théologien, spécialiste de l'Antiquité. Il entraîne le lecteur, la lectrice à examiner les documents, à chercher des preuves, à dépasser les réponses ressassées pour en apercevoir d'autres.
    On découvre quels soupçons, déjà du temps de Jésus, pesaient sur sa naissance. On fait la connaissance de son maître spirituel, Jean dit le Baptiseur. Les diverses facettes de ce juif exceptionnel sont explorées : Jésus le guérisseur, Jésus le poète du Royaume, Jésus le maître de sagesse. Ses amis (hommes et femmes) et ses adversaires sont nommés. Les raisons de sa mort (pourquoi est-il monté à Jérusalem ?) sont analysées. La naissance de la croyance en la résurrection est scrutée. La fabuleuse destinée de Jésus dans les trois grands monothéismes est aussi retracée : christianisme, judaïsme et islam ont construit de lui une image, à chaque fois différente.
    Le livre est aussi passionnant qu'une enquête policière. Dans un style vif et clair, Daniel Marguerat livre ici le meilleur de la recherche récente, tenant ses lecteurs en haleine jusqu'aux dernières pages.
    Daniel Marguerat, historien et bibliste, est professeur honoraire de l'université de Lausanne. Ses travaux sur les origines du christianisme lui ont acquis une réputation mondiale. Il est considéré comme l'un des meilleurs spécialistes actuels de la recherche sur Jésus de Nazareth.

  • Saul Friedländer revisite le chef-d'oeuvre de Marcel Proust dans cet essai sur la littérature et la mémoire, en explorant la question de l'identité - celle du narrateur du roman et celle de Proust lui-même. Il livre une enquête passionnante sur la manière dont le narrateur de la Recherche se définit par comparaison avec ce que nous savons de Proust lui-même et sur la signification de ces points de ressemblance et de divergence. Puisant dans son expérience personnelle, issue d'une vie passée à enquêter sur les liens entre l'histoire et la mémoire, le grand historien lauréat du prix Pulitzer offre une perspective nouvelle sur cette oeuvre fondatrice de notre modernité.

    « Friedländer a toujours su insuffler à son travail d'érudition une sensibilité littéraire aiguë... [Un] livre intime et subtil. » Wall Street Journal

    Nommé meilleur livre de l'année par le Times Literary Supplement

    Traduit de l'anglais par Alexandre Pateau.

  • « On ne sort pas d'une crise égal à soi-même : on en sort meilleur ou pire. À présent, c'est à nous que revient ce choix. »

    Au moment où les sociétés sont assaillies par une crise sanitaire extrêmement déstabilisante, ces mots du pape François appellent à nouveau au combat spirituel autant que politique.
    Cinq ans après l'encyclique Laudate si', le pape prolonge ici avec Carlo Petrini, fondateur du mouvement Slow Food, son exhortation à protéger notre « maison commune » des dégradations humaines et écologiques causées par notre système. Les deux hommes dénoncent ces autres virus que nous avons développés, une économie de marché sauvage, une injustice sociale violente. Mais ils entreprennent aussi, avec vigueur et profondeur, de dessiner les voies d'une écologie qui cesse d'être un slogan pour devenir un choix. Biodiversité, économie, migration, éducation, communautés : ces notions font l'objet d'une réflexion particulière, constructive et optimiste.
    Réunis par une même confiance dans un changement possible, le pape et le militant appellent toutes les compétences et les bonnes volontés à s'unir pour transformer notre vie et s'engager dans la défense d'une biodiversité indissociablement humaine et écologique. À ce titre, l'expérience des ethnies qui vivent en relation étroite avec la nature est essentielle à considérer : elles « ressentent nos propres ombres » que nous ne voyons pas nous-mêmes. Et les murs que nous construisons, à abattre.

  • Un demi-siècle " on the road "
    Sans lui, la Beat Generation n'aurait pas existé. Lawrence Ferlinghetti, du haut de ses 100 printemps, en est la dernière voix vive et l'âme secrète. Fondateur de la librairie City Lights à San Francisco, qui fut le laboratoire d'où jaillirent les œuvres de Kerouac, Corso, Ginsberg et consorts, Ferlinghetti lui-même a toujours refusé d'être considéré comme un écrivain beat. Pourtant, sa Vie vagabonde prouve avec panache qu'il fut bel et bien l'un des artisans les plus exceptionnels de ce mouvement, et l'un des poètes majeurs du vingtième siècle américain.
    Cinquante années durant, cet homme aux semelles de vent aura bourlingué d'un bout à l'autre de la planète, les poches remplies de carnets et de bouts de crayon. De La Havane à l'Australie, des plages de Bélize aux pavés de Paris, du Transsibérien au Nicaragua en passant par les grands-routes de l'Amérique – Ferlinghetti est partout, tout le temps, et rencontre tout le monde : Castro et Neruda, les plumes dissidentes de l'Union soviétique et les chantres de la révolution internationale, Ezra Pound et William S. Burroughs – et, surtout, les mille et un visages anonymes d'une humanité que le poète, en digne héritier de Whitman, ne cesse de chanter avec passion, émerveillement et générosité.
    Pris sur le vif, animé d'une énergie staccato furieusement beat, ponctué de dessins et de poèmes, tour à tour lyrique, drôle, indigné ou halluciné, ce journal de bord nous livre le témoignage d'un homme profondément engagé qui a traversé le siècle et, à lui seul, le résume.
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Richard
    Lawrence Ferlinghetti est né le 24 mars 1919 à Yonkers, dans l'État de New York. Poète, éditeur, libraire, peintre, militant et voyageur au long cours, il est le fondateur de la mythique librairie City Lights à San Francisco, où il vit toujours aujourd'hui.
    " Un homme et un poète valeureux. " – Bob Dylan
    " Quel bonheur que de pouvoir se promener entre les lignes du journal de Lawrence Ferlinghetti, parmi ses merveilleux petits croquis, ses émotions et ses poèmes. " – Francis Ford Coppola
    " Inspirés et sensuels, les carnets intimes de Ferlinghetti se lisent comme une lettre ouverte au lecteur. On y entend sa voix distinctive, celle d'un baladin de l'Amérique. " – Patti Smith

  • Excédés par le présumé laxisme des tribunaux, les justiciers autoproclamés s'évertuent à punir par eux-mêmes les fauteurs de trouble. Violant la loi pour maintenir l'ordre, ils s'improvisent détectives, juges et bourreaux. Adeptes du lynchage et autres châtiments spectaculaires, ils trouvent un nouveau public sur les réseaux sociaux.
    Des groupes d'autodéfense du Far West aux chasseurs de pédophiles en Russie contemporaine, les justiciers hors-la-loi sont typiquement des hommes blancs, réactionnaires et xénophobes. Toutefois, mouvements révolutionnaires et défenseurs des dominés ne s'interdisent pas de manier, à leur tour, le fouet et le feu. L'auto-justice compte en outre de fervents zélateurs dans les services répressifs. Et quand policiers et paramilitaires s'affranchissent du cadre légal pour nettoyer la société, ils précipitent l'avènement de l'État justicier.

    Cet essai comparatif s'aventure dans les eaux troubles de la justice sommaire. Au terme d'un périple dans le monde perturbant des redresseurs de torts, une question s'impose : la France est-elle immunisée contre cette fièvre punitive ?

  • La catastrophe écologique est enclenchée, le désastre est devenu notre quotidien, la crise du coronavirus a fracturé le monde entier. Un responsable : le capitalisme, alias néo-libéralisme. En saccageant le service public de la santé, il a transformé une crise grave mais gérable en catastrophe. En poursuivant malgré toutes les alertes écologistes la destruction des écosystèmes, il a mis en contact des virus mortels et la population humaine. En aggravant les inégalités, il a plongé des dizaines de millions d'humains dans la misère.

    Pourtant, le gong avait déjà sonné, lors de la crise de 2008-2009. Mais les capitalistes n'en ont pas tenu compte et ont rebâti le système sur les mêmes principes. En renouvelant leur base idéologique, dans un sens encore plus cynique, qu'analyse cet essai : acceptation du désastre écologique en cours ; diffusion d'une utopie technologique fondée sur l'intelligence artificielle, la numérisation généralisée, les biotechnologies ; etc.

    Ce nouveau capitalisme se heurte à la terrible réalité de son échec. Il va cependant essayer de conserver l'essentiel de sa logique mortifère. Des stratégies de résistance sont possibles et nécessaires, sur lesquelles Hervé Kempf concentre alors l'analyse. Il est urgent, ainsi, de considérer l'oligarchie pour ce qu'elle est : une caste criminelle. On ne la convaincra pas, on la contraindra. Il faut, ensuite, envisager tous les moyens d'action pour la combattre ; articuler l'action à une stratégie de communication ; forger de nouvelles alliances sociales. Raconter le nouveau monde écologiste et juste, devenu le plus réaliste et adapté au temps qui est. Conjuguer, enfin, l'archipel des espaces de résistance et de résilience, des lieux de vie différente, pour en faire la nouvelle culture de la vie quotidienne.

  • Être vrai, me dépouiller des masques, oser l'abandon plutôt que la lutte, voilà qui me guide dans le périple de l'existence, où jamais nous ne pouvons nous installer. Pour demeurer fidèle à soi, pour vivre une authentique simplicité du coeur, tout un art est requis. C'est celui-ci que j'ai librement esquissé ici. Comment s'abandonner à la vie sans baisser les bras ? Comment goûter la joie sans nier le tragique de l'existence ? Comment traverser le découragement sans devenir amer ?
    Ce Petit Traité de l'abandon tente de dégager un chemin vers la liberté intérieure et de dessiner un art de vivre qui permette d'assumer les hauts et les bas du quotidien. Ni mode d'emploi ni recette, juste des explorations pour découvrir quelques outils, et des exercices spirituels pour avancer. Ainsi, j'ai puisé dans la tradition philosophique et celle du zen une invitation à une vie plus simple, car le bonheur ne procède pas de l'accumulation mais du dépouillement. C'est la joie qui mène au détachement et non le contraire. D'où cet itinéraire vers l'abandon, né de mes joies et de mes blessures.
    A. J.

  • Si Guy de Larigaudie a « mené l'aventure d'un bord à l'autre des cinq continents », porté par une vitalité hors du commun autant que par sa sensibilité à la beauté du monde, il avait conscience qu'il ne faisait là que reculer les murs de son jardin d'enfance, et que son âme, elle, était toujours en prison. Ce recueil de pensées pudiques et vibrantes, écrites dans les quelques semaines précédant la Seconde Guerre mondiale dans la perspective d'un « vrai livre d'homme », témoigne ainsi d'une quête spirituelle intense et exigeante. Comme si elle entraînait derrière elle l'existence tout entière du jeune homme.Le testament spirituel d'un routier légendaire, aventurier possédé par la joie de vivre et le désir de Dieu. Un livre culte.Guy de Larigaudie fut le premier à relier en voiture la France à l'Indochine. Il fit le récit de ce périple dans La Route aux aventures (1939, rééd. 1999, Elor). Étoile au grand large a été publié peu après sa mort au combat, en 1940, à 32 ans. Il fut un des premiers best-sellers des Éditions du Seuil et son succès ne s'est pas démenti depuis.

  • Introduction à la pensée complexe Nous demandons à la pensée qu'elle dissipe les brouillards et les obscurités, qu'elle mette de l'ordre et de la clarté dans le réel, qu'elle révèle les lois qui le gouvernent. Le mot de complexité, lui, ne peut qu'exprimer notre embarras, notre confusion, notre incapacité à définir de façon simple, à nommer de façon claire, à ordonner nos idées. Sa définition première ne peut fournir aucune élucidation : est complexe ce qui ne peut se résumer en un maître mot, ce qui ne peut se ramener à une loi ni se réduire à une idée simple. La complexité est un mot problème et non un mot solution.

    Edgar Morin propose ici un mode de pensée pour affronter la complexité du monde qui nous entoure.



    Edgar Morin Philosophe et sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS, docteur honoris causa de vingt-sept universités à travers le monde, il est l'auteur d'une oeuvre transdisciplinaire abondamment commentée et traduite, dont l'ambitieuse Méthode, en six tomes, publiée au Seuil.

  • Les affrontements entre la police et les manifestants se sont multipliés en l'espace de quelques années. Avec pour bilan un nombre effarant de blessés, mais aussi des décès. Comment en sommes-nous arrivés là ? Après Mai 68, la pacification du maintien de l'ordre avait fait la fierté des gouvernements français successifs. Mais, dans un contexte de tensions sociales accrues, de violences urbaines et de terrorisme, le maintien de l'ordre s'est militarisé et finalement brutalisé. La manifestation de rue se voit de moins en moins reconnue comme une expression légitime de la contestation. La violence de la répression, la simple vue de l'armement des forces de l'ordre exercent désormais, à elles seules, de puissants effets de dissuasion.
    Grâce à des enquêtes menées depuis plus de vingt ans, Olivier Fillieule et Fabien Jobard établissent le constat implacable de ces régressions successives et les analysent. Les nouvelles « politiques du désordre » qu'ils décrivent mettent au défi notre démocratie.

  • Que nous apprend cette crise ? En premier lieu que les humains au travail ne peuvent être réduits à des « ressources ». Les caissier.es, les livreurs, les infirmier.es, les pharmacien.nes, les docteurs, toutes celles et tous ceux qui nous ont permis de continuer à vivre dans la période de confinement en ont été la démonstration vivante.

    Cette pandémie nous montre en second lieu que le travail lui-même ne peut être réduit à une marchandise. Les soins de santé, la prise en charge et l'accompagnement des plus vulnérables sont autant d'activités qui doivent être protégées des seules lois du marché, sans quoi nous risquons d'accroître toujours plus les inégalités, jusqu'à sacrifier les plus faibles et les plus démunis.
    Pour éviter un tel scénario, que faut-il faire ? Démocratiser l'entreprise - c'est-à-dire permettre aux employés de participer aux décisions. Et démarchandiser le travail - c'est-à-dire à la fois protéger certains secteurs des seules lois d'un marché non régulé, mais aussi garantir à chacun l'accès à un travail qui lui permette d'assurer sa dignité.

    Au moment où nous faisons face à la fois au risque pandémique et à celui d'un effondrement climatique, ces deux changements stratégiques nous permettront non seulement d'assurer la dignité de chacun, mais aussi d'agir collectivement pour dépolluer la planète et la sauver.

  • "Qu'est-ce que la musique ? se demande Gabriel Fauré à la recherche du "point intraduisible", de la très irréelle chimère qui nous élève "au-dessus de ce qui est...". C'est l'époque où Fauré ébauche le second mouvement de son premier Quintette, et il ne sait pas ce qu'est la musique, ni même si elle est quelque chose ! Il y a dans la musique une double complication, génératrice de problèmes métaphysiques et de problèmes moraux, et bien faite pour entretenir notre perplexité. Car la musique est à la fois expressive et inexpressive, sérieuse et frivole, profonde et superficielle ; elle a un sens et n'a pas de sens. La musique est-elle un divertissement sans portée ? ou bien est-elle un langage chiffré et comme le hiéroglyphe d'un mystère ? Ou peut-être les deux ensemble ? Mais cette équivoque essentielle a aussi un aspect moral : il y a un contraste déroutant, une ironique et scandaleuse disproportion entre la puissance incantatoire de la musique et l'inévidence foncière du beau musical."

  • - Papa, je voudrais faire une enquête sur les maos, qui faudrait-il interviewer à ton avis ?
    Il a grimacé...
    -On ne parle plus jamais du maoïsme en France, et toi, qui en étais une des têtes pensantes, tu es devenu silencieux. J´aimerais demander à ceux qui militaient avec toi alors, ce qu´ils pensent de ton silence.
    Haussement d´épaule.
    -Tu sais papa, moi, quand tu t´es arrêté de parler, j´avais quinze ans. À quinze ans, on a beaucoup de souvenirs. Arrête de penser que parce que tu parais vivre sans mémoire, c´est pareil pour tout le monde !
    Il me regarde, il a les larmes aux yeux.
    - C´est notre secret ma petite fille...
    - C´est quoi notre secret ?
    /> - Que tu saches tout ça, et que moi je ne parle plus.

    Je suis la fille de Robert Linhart, fondateur du mouvement prochinois en France et auteur de L´Etabli. Mon père est une des figures les plus marquantes des années 1968. Malheureusement, il en est aussi l´une des figures les plus marquées.
    En chemin pour retrouver les anciens compagnons de mon père, j´ai découvert leurs enfants. À travers leurs souvenirs, c´est ma propre enfance qui a ressurgi : tout le monde n´a pas eu la chance d´avoir des parents révolutionnaires...
    VL

  • Roland Barthes par Roland Barthes « Il supporte mal toute image de lui-même, souffre d'être nommé. Il considère que la perfection d'un rapport humain tient à cette vacance de l'image : abolir en soi, de l'un à l'autre, les adjectifs ; un rapport qui s'adjective est du côté de l'image, du côté de la domination, de la mort. » En 1975 sortait au Seuil, dans la collection « Écrivains de toujours », Roland Barthes par Roland Barthes. Véritable événement (comment Barthes allait-il se sortir de l'exercice autobiographique ?), cet autoportrait s'est imposé comme un livre culte.



    Roland Barthes (1915-1980) Sémiologue, essayiste, il a élaboré une pensée critique singulière, en constant dialogue avec la pluralité des discours théoriques et des mouvements intellectuels de son époque, tout en dénonçant le pouvoir de tout langage institué. Il est notamment l'auteur du Degré zéro de l'écriture (1953) et de Fragments d'un discours amoureux (1977).

  • À l'heure où paraissent ces " cahiers ", trois mois sont passés depuis que la pandémie mondiale du Covid-19 s'est imposée à nous, trois mois que le monde entier a basculé dans un état de crise dont on ne voit pas l'issue et dont on ne mesure pas les effets sur les sociétés qu'il a frappées.

    Aux premières heures du confinement, des sentiments nombreux et contradictoires nous ont toutes et tous traversés : de la sidération à l'angoisse, de la tristesse à la colère... Et puis, très vite, les questions se sont bousculées dans nos têtes : que s'est-il donc passé ? Mais que nous arrive-t-il ? Quelles conséquences cet événement aura-t-il sur le monde et sur nos existences ? Et quelles leçons en tirer ? Il faut dire que, pour beaucoup d'entre nous, la vision d'un monde littéralement arrêté a soudain rendu évidentes, presque sensibles, les contradictions insoutenables dans lesquelles ce monde se trouvait pris depuis trop longtemps. Et si cette catastrophe était l'occasion d'empêcher qu'il retrouve sa trajectoire catastrophique antérieure ?

    Comme le disait magnifiquement un graffiti repéré sur un mur de Hong Kong, " we can't return to normal, because the normal that we had was precisely the problem ". Autrement dit, serons-nous capables de saisir cet événement, à la fois le comprendre et nous en emparer, afin d'imaginer et construire le monde que nous voulons, le monde dont nous rêvons ?

    Ces " cahiers " ne pouvaient être que collectifs, au sens fort, parce que issus d'une volonté partagée par les éditeurs et auteurs
    de la maison de faire sens face à l'événement. S'y engage une conception du travail intellectuel et du débat public comme espace de confrontation argumentée. Ils accueillent des textes de pensée offrant des perspectives et des analyses fortes, mais aussi des textes et propositions littéraires qui font résonner notre époque dans des formes et des formats singuliers, ainsi que des interventions graphiques. Cette crise bouleverse les cadres de pensée et d'interprétations, elle met à l'épreuve bien des certitudes et des convictions, ce qui imposait d'ouvrir un espace original de dialogue, où trouvent à s'exprimer des sensibilités
    intellectuelles diverses, où peuvent s'ordonner la confrontation des points de vue, les divergences de fond, les incertitudes et les interrogations.

  • Comment faire ?

    Collectif

    Les catastrophes s'enchaînent, les crises se suivent, les désastres ne se comptent plus. Et un consensus semble s'imposer : il faut changer, bifurquer pendant qu'il est encore temps, emprunter la voie de sortie.

    Mais où est-elle, cette issue ? Alors que les derniers mois ont rétréci notre espace physique et diminué notre espace critique, comment retrouver de l'air, du rêve, de la capacité d'action ? Sur quoi faut-il agir ? A quelle échelle et sur quel mode ? Allons-nous laisser passer l'occasion de tout transformer ?

    Le Seuil tente, avec cette deuxième livraison des Cahiers éphémères et irréguliers, de nourrir ces interrogations bien légitimes en offrant plus d'une vingtaine de textes, d'entretiens et de dialogues qui à la fois décrivent exactement où nous en sommes et croisent les points de vue (parfois aussi le fer).

    Rutger Bregman s'y demande comment profiter de cette crise pour renverser la situation. Pierre Rosanvallon nous invite à inventer de nouveaux outils démocratiques pour faire face à la multiplication des états d'urgence. Aurélie Trouvé débat avec Laurent Jeanpierre et Razmig Keucheyan des stratégies possibles pour sortir du libéralisme. Tandis qu'Arlette Farge ouvre la voie à la littérature en rappelant notre fragilité, Michaël Foessel rappelle que l'infantilisation actuelle n'est qu'une interprétation inepte de ce qu'est la véritable puissance de l'enfance. Emanuele Coccia et Mathieu Potte-Bonneville réfléchissent à la place que nous voulons vraiment donner aux non-humains, interrogation qui a des échos dans les textes des écrivains Benjamin Labatut et Kapka Kassabova.

    On ne changera rien sans horizon, ouvrons-le, ouvrons les cahiers !

  • L'épidémie de coronavirus et l'expérience du confinement généralisé ont confronté notre pays à une épreuve inédite et singulière. Fait social total, la propagation du virus a mis à l'arrêt l'économie, bouleversé l'agenda gouvernemental et notre vie quotidienne.
    Durant cette période très particulière, l'IFOP, à l'initiative de Jérôme Fourquet, a réalisé une série d'enquêtes quantitatives visant à donner la mesure du niveau d'inquiétude de la population, du jugement porté par elle sur l'action des pouvoirs publics et de la façon dont ont été appliquées les consignes sanitaires. Mais, parallèlement à cette batterie d'enquêtes inédites, l'institut a également déployé, avec Le Point et la Fondation Jean-Jaurès, un dispositif d'observation au long cours : 33 Françaises et Français de toutes conditions, de tous âges et régions ont été suivis par l'équipe d'enquêteurs pendant plusieurs semaines.

    Comment les Français ont-ils réagi à l'évolution de l'épidémie et quelles sont leurs attentes maintenant ? Cadre télétravaillant depuis l'île de Ré versus caissière aux avant-postes, jusqu'à quel point le confinement a-t-il constitué une épreuve partagée et comment les différences ont-elles été appréhendées ? L'épidémie et le confinement ont-ils raffermi le sentiment d'appartenance collective ou exacerbé les fractures déjà à l'oeuvre ? En d'autres termes, le Covid-19 a-t-il joué le rôle d'antidote ou de révélateur de l'« archipelisation » de la société française ?
    L'état d'esprit dans lequel les Français abordent la nouvelle phase de l'épreuve sanitaire a mûri dans le secret du confinement. Mais c'est bien lui qui déterminera la séquence dans laquelle nous entrons maintenant.

  • Écrits sur le théâtre Roland Barthes a porté un intérêt passionné au théâtre, comme spectateur, témoin, critique, animateur de revue, et ceci, à une époque exceptionnelle où se dessinaient les grandes lignes qui constituent le paysage théâtral actuel. Dominé par le modèle de la Grèce antique et l'éblouissement brechtien, l'ensemble de ces textes, qu'il s'agisse d'éditoriaux ou de critiques de spectacles à jamais invisibles, d'éléments d'histoire, de théorie ou de politique, touche à l'essence du théâtre, tel qu'il peut concerner chacun dans sa vie intime et son existence sociale.



    Roland Barthes (1915-1980) Sémiologue, essayiste, il a élaboré une pensée critique singulière, en constant dialogue avec la pluralité des discours théoriques et des mouvements intellectuels de son époque, tout en dénonçant le pouvoir de tout langage institué. Il est notamment l'auteur du Degré zéro de l'écriture (1953) et de Fragments d'un discours amoureux (1977).

  • Peu de figures universellement célébrées sont aussi mal connues que Martin Luther King Jr. La lutte pour les droits civiques et l'égalité des Noirs dont le pasteur baptiste prit la tête est remémorée comme un appel à la fraternité et à l'unité nationale que l'Amérique sut entendre. Ce récit édifiant a considérablement aseptisé la force révolutionnaire de sa pensée et la brutalité de l'oppression contre laquelle il s'insurgeait. Qui se souvient qu'à peine un an après avoir reçu le prix Nobel de la paix, King déclara que son rêve était devenu un cauchemar en raison de l'enracinement du système d'exploitation capitaliste ? La fin de la ségrégation institutionnelle en 1964 n'était à ses yeux qu'une étape. L'ultime phase de son combat, qui culmina avec la « Campagne des pauvres » et que son assassinat en 1968 laissa inachevée, fut quasiment effacée de la mémoire des États-Unis et avec elle le sens profond de son engagement. Penseur de la justice sociale, Martin Luther King opéra une extraordinaire synthèse entre christianisme, liturgie noire, non-violence, désobéissance civile et marxisme. C'est ce penseur avant-gardiste et radical à la postérité édulcorée que cet ouvrage entend faire redécouvrir en l'inscrivant dans une tradition de dissidence américaine trop souvent ignorée.Sylvie Laurent est américaniste, agrégée d'histoire et docteur en littérature américaine. Chercheur associée à Harvard et Stanford, elle enseigne à Sciences Po. Elle a notamment publié Homérique Amérique (Seuil, 2008) et Poor White Trash. La pauvreté odieuse du Blanc américain (Presses de l'université Paris-Sorbonne, 2011).

  • Une élève, un professeur, une rencontre, une infinité de discussions. Et l'idée est venue à Charlotte Casiraghi et Robert Maggiori de mettre par écrit ce qui germait de leurs dialogues, lesquels allaient souvent tous azimuts mais revenaient toujours à la question du sensible, de ce qui nous affecte, des frontières ou de l'absence de frontière entre les émotions, de leur logique, de leur confusion parfois. Il leur est alors apparu que tous nos état d'âme formaient un ensemble d'îlots solidaires, reliés par le courant magnétique du désir, qui tisse entre eux d'invisibles chaînes. C'est cet archipel qu'ils ont entrepris de dessiner.
    Le livre, qui se lit comme un petit traité des passions, est composé d'une quarantaine d' " entrées " (Amour, Cruauté, Patience, Modestie, Dégoût, Adoration, Admiration, Arrogance, Pitié, Fraternité, Douceur, Ennui,Tristesse, Jalousie, etc.), ancrées dans le savoir philosophique, accompagnées d'orientations de lecture finement choisies, et rédigées dans un style simple et clair.
    Charlotte Casiraghi, licenciée en philosophie, est présidente des Rencontres philosophiques de Monaco.
    Robert Maggiori est philosophe et critique littéraire à Libération.

  • Y a-t-il une philosophie chrétienne ?
    Les trois courts et passionnants essais réunis ici explorent les différentes questions que soulèvent, dans l'univers du christianisme, les relations controversées de la philosophie et de la religion. Foi et raison sont-elles exclusives l'une de l'autre ? La raison n'aurait-elle rien à apporter à la subjectivité de la foi ? Peut-on se passer de croyances ? Science et foi sont-elles nécessairement en conflit ? Que prouvent les " preuves " de l'existence de Dieu ? Et si Dieu existe, pourquoi le mal accable-t-il le monde ? Défendant la fécondité du dialogue entre raison et foi, Denis Moreau ne se contente pas de rendre compte de l'histoire de ce débat. Il montre en quoi le christianisme constitue une ressource philosophique, et ce que la foi peut gagner en s'adossant à la raison : la philosophie chrétienne n'est donc pas un impensable, ni une sous-philosophie.
    Denis Moreau
    Agrégé et docteur en philosophie, il est professeur de philosophie à l'université de Nantes. Il est notamment l'auteur de Pour la vie ? (Seuil, 2014), Mort, où est ta victoire ? (Bayard, 2017) et Comment peut-on être catholique ? (Seuil, 2018).

  • Ce livre présente la théorie anthropologique que Pierre Bourdieu a dû construire pour fonder sa recherche scientifique. Qu'il prenne à revers, pour mieux les résoudre ou les dissoudre, les problèmes que les philosophes « structuralistes » se sont posés, comme celui du « sujet » de l'action, ou qu'il mette à l'épreuve les analyses de Strawson, Austin, Wittgenstein, Kripke - ou des philosophes classiques, délibérément convoqués à contre-emploi -, le sociologue, bien qu'il se défende de « faire le philosophe », traite de manière tout à fait nouvelle d'un certain nombre de questions philosophiques essentielles. Et l'épure conceptuelle que dégage le commentaire rétrospectif fait apparaître sous un jour totalement nouveau une des oeuvres les plus importantes de notre temps.
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  • Argent, sexe et travail occupent notre quotidien, et souvent nous préoccupent. Un chemin spirituel authentique peut-il alors les exclure ? Éveilleur percutant, Chögyam Trungpa nous conduit à réaliser le caractère sacré de la vie, y compris de ces activités qu'on croit triviales : le travail que nous avons pris l'habitude de subir, le sexe étouffé par les conventions et les schémas moraux, l'argent, objet d'avidité et moyen de contrôle, et pourtant nécessaire. Les enseignements rassemblés dans ce livre montrent ainsi que la créativité est la clé du travail, que celle du sexe est la communication (et même que toute communication est sexuelle) et que l'argent est un moyen de prendre conscience de la façon dont nous utilisons notre énergie. Alliant réalisme et respect de la vie, Trungpa nous incite à la fois à accepter et à créer : accueillir le quotidien avec un esprit ouvert, créatif, respectueux, en étant prêt à l'utiliser comme une partie intégrante de notre développement.
    Des enseignements puissants, qui offrent une vision d'ensemble de notre vie.
    Chögyam Trungpa (1939-1987), héritier de la tradition tantrique du Tibet, est l'un des premiers maîtres à avoir enseigné le bouddhisme aux Occidentaux. Un maître à part, qui s'est immergé dans la vie occidentale et a diffusé un enseignement radical, à la fois provocateur et d'une fraîcheur incomparable. Ses livres sont publiés au Seuil.
    Traduit de l'anglais par Thomas Demarcq.

  • Peu de gens le savent : Jésus occupe dans le Coran une place éminente. À partir de deux versets de la sourate IV qui évoquent la crucifixion de Jésus de manière inattendue, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur cherchent à reconstituer ce que l'on peut comprendre des origines de la prédication de Mahomet, de son développement dans un milieu païen très marqué pourtant par les références et les influences bibliques. Une religion ne naît jamais de rien. L'islam s'est voulu l'ultime révélation après la révélation juive et la révélation chrétienne. Elle en est à la fois l'héritière et la concurrente. Au carrefour des trois monothéismes, dans la succession du judaïsme de Moïse et du judéo-christianisme de certains disciples de Jésus, ce livre explore pour nous la formation de l'islam au début du VIIe siècle de notre ère.Pourquoi et comment le juif de Galilée mué en Christ fondateur du christianisme est finalement devenu dans la péninsule arabique « le messie Jésus, fils de Marie, envoyé d'Allah », l'ultime prophète avant le Prophète.Jérôme Prieur et Gérard Mordillat sont écrivains et cinéastes. Les auteurs de la mémorable série de films Corpus Christi ont publié au Seuil Jésus contre Jésus. Leur premier essai, qui demeure un grand succès, a été suivi de Jésus après Jésus sur les origines du christianisme puis de Jésus sans Jésus sur la christianisation de l'Empire romain. Jésus selon Mahomet accompagne et prolonge Jésus et l'islam, la nouvelle série qu'ils ont réalisée pour Arte où interviennent vingt-six des plus grands chercheurs internationaux sur l'islam.

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