• Le fils de Sam Green Nouv.

    Dans Le Fils de Sam Green, Sibylle Grimbert nous invite dans l'intimité d'une famille. Un fils vient de perdre foi en son père. Et alors que sa croyance s'écroule, il doit affronter une question létale : a-t-il été une victime, parmi d'autres, d'un égoïste, ou a-t-il été, par égoïsme, le complice d'un bourreau ?
    Voici un thème classique, puissant, où l'auteur déploie son talent pour la capture d'instants fugaces, l'entrelacement signifiant des non-dits, et la maîtrise du drame familial. Mais ce Sam Green n'est autre que Bernard Madoff, et Sybille Grimbert, une puissante vigie.
    L'affaire Madoff est inexplicable dans une perspective rationnelle : elle reposait sur une arnaque si grossière qu'en toute logique ses victimes - dont le point commun était d'être bien informées des us et pratiques de ce milieu de la finance - ne pouvaient pas tomber dedans. Mais voilà, les pigeons avaient foi en leur bourreau et en un monde de privilèges et de toute-puissance dont ils n'auraient jamais osé formuler qu'ils le rêvaient magique, avant qu'il ne se transforme en malédiction planétaire.
    Le Fils de Sam Green est bâti sur un axiome shakespearien bien connu : "Le monde entier est un théâtre. Et tous, hommes et femmes, n'y sont que des acteurs. "Il possède d'ailleurs des accents "leariens" indéniables. C'est un roman aussi tranchant que vital parce qu'en nous rendant familier un drame que l'on préfère imaginer opaque et étranger, l'auteur nous pousse la scène de la plus grande tragédie de notre temps. Par la force amère et la triste élégance de sa démonstration, la complainte du Fils de Sam Green nous interdit de nous prétendre pantins et nous laisse acteurs, c'est-à-dire libres de croire ou pas, d'agir ou pas, d'être ou de passer.

  • Ganaël rêvait depuis des siècles de posséder un être humain quand il a rencontré Laure, dix ans, une petite fille vive, drôle, si douce. Maintenant il est en elle, et il raconte son irrésistible prise de pouvoir. Bientôt, il pourra lui apprendre le goût du mal, la voracité, l'absence totale de pitié que les démons sont venus répandre dans le monde.
    Mais les humains sont un peuple étonnant : rien ne se passera comme prévu. Ce sera pire.

    Avec La Horde, Sibylle Grimbert s'empare du thème de la possession pour explorer la cruauté et la magie de l'enfance.


    Un suspense qui ravira les amateurs de frissons horrifiques, servi par une écriture magnétique teintée d'ironie.

  • Ludovic, parfaite incarnation de l'obsession contemporaine de la réussite, ne voit pas ce qui pourrait l'empêcher de conquérir le monde. Jeune historien prometteur devenu brillant avocat, il a triomphé dans tout ce qu'il a entrepris jusque-là. C'est pourtant un personnage égaré, gaffeur, qu'on rencontre au début du roman. Que s'est-il passé ? Il cherche à comprendre, à retrouver le moment où il a lâché prise, mais il est trop tard. La dégringolade a commencé, rien ne l'arrêtera plus.
    De catastrophe en catastrophe, Sibylle Grimbert, avec ce mélange de force comique et de tendresse pour les êtres perdus qui rendent son univers unique, raconte la métamorphose d'un ambitieux en Don Quichotte de l'ère libérale. Au fil des ans, Ludovic se débattra avec ses pauvres armes contre ses moulins à vent et, de plus en plus lunaire, involontairement farfelu, ne cessera jamais de s'éloigner du réel. Comment vivre tout de même ? Il lui faudra beaucoup de temps, et d'aventures absurdes, pour le découvrir.

  • Sabine, quand elle avait vingt ans, a fait comme tout le monde ; elle a quitté ses parents, s'est lancée dans des études, un métier, des amours. Et puis elle a tout abandonné pour travailler, comme ses deux frères, chez Sanglay, l'entreprise de mode masculine fondée par son père. À l'abri de cette forteresse, elle s'est fait une vie de prisonnière consentante, qui renâcle parfois, rêve de ce qu'elle fera quand elle sera libre, au loin, plus tard, mais ne s'évade pas. Jusqu'à ce qu'un jour, par lassitude ou étourderie, elle lâche un « J'arrête tout » dont les conséquences sont immédiates : la voici, cette liberté tant convoitée. Une nouvelle question apparaît alors : comment s'en débarrasser ?

  • La vie commence ce soir. Benjamin en est persuadé quand il arrive chez Marianne, et compte profiter de cette fête pour célébrer son renouveau. Son père, croit-il, va devoir lui laisser l'entreprise familiale. À trente ans, il s'apprête enfin à devenir l'homme accompli dont il a toujours incarné l'exact contraire.
    Edmond, lui, pense que la catastrophe a commencé au moment où il est entré. Rien ne va, il se sent vieux, son meilleur ami le boude, sa femme s'éloigne...
    Et puis, les rôles s'inversent, le désordre s'installe, et l'anarchie balaye le bel ordonnancement de la fête.
    En une soirée, tout peut basculer. Mais pas nécessairement dans le sens attendu. Le vent tourne sans prévenir.

    Comédie virevoltante où les destins se jouent en quelques heures, Le vent tourne jette les uns contre les autres des êtres infiniment touchants et férocement drôles. Un jeu de massacre étourdissant.

  • Birth days

    Sibylle Grimbert

    « On ne sait rien à propos de la naissance de Muriel Ortisveiler.
    Elle serait née au coin d'une rue, se serait détachée d'un mur de pierre en plein après-midi, ou élevée du sol comme une plante, mais quoi qu'il en soit tout d'un coup elle aurait été là. Toutefois personne dans la rue ne l'avait vue apparaître, le phénomène spectaculaire de sa naissance surnaturelle passa donc totalement inaperçu.
    Au début elle n'avait pas d'histoire, pas de mémoire antérieure à cet instant où il lui avait semblé sortir d'un mur, mais plus tard quelques personnes croisées par hasard se souvinrent d'elle avant ce jour-là, aussi racontèrent-elles quelques bribes de son passé. Elle aurait surgi au centre d'une ville où elle avait jusqu'à présent vécu, mais dans un quartier très différent. À cette époque où elle arriva de façon si aberrante tout était gai, ajoutait-on, et tout - rigoureusement tout - était possible. Cette époque inouïe avait été celle de la confiance et de l'opulence pour une partie de l'humanité et Muriel était née au coeur de cette partie dynamique et confiante du monde. »
    Sibylle Grimbert est née à Paris. Birth days est son premier roman.

  •   Enfant, Paula évoluait avec ses parents dans un monde merveilleux, un univers transparent et serein où peu de choses échappaient à sa sagacité. Elle décryptait les sentiments, analysait les comportements avec une implacable logique mathématique. Elle prévoyait tout et évaluait l'avenir avec confiance. Rien n'avait de secret. Pourtant quelque chose pourrissait de l'intérieur dans ce milieu familial et idéal : un soir, sa mère disparut sans explications. À présent, Paula connaît le secret de ce départ. Elle sait que le geste de sa mère était prévisible. Les humains sont très prévisibles. Mais à quoi un tel savoir peut-il servir ? À 34 ans, Paula a perdu beaucoup de temps. Sa faculté de prévoir l'embarrasse un peu plus chaque jour. Comment vivre en évacuant le secret ? Comment vivre sans endroit où se cacher, sans mystère à dissimuler ? Paula sait ce qu'il lui reste à accomplir pour avoir une vie à elle, même si elle doit en payer le prix.  

  • Au moment où Éric la retrouve, Claire vit depuis deux mois au centre de ce terrain vague qu'elle nomme "les déserts". Elle porte une robe un peu sale, ses cheveux auraient besoin d'être lavés et les gens qui l'entourent lui ressemblent. Personne n'est là par hasard : tous ont été recrutés. Ils forment une communauté de gens remisés là parce qu'ils sont devenus "improductifs". Au cours du voyage de quelques jours qu'ils entreprennent tous les deux, Claire raconte à Éric sa lente dégradation. En quelques mois, elle dit avoir connu trois états, trois façons pour son corps de graviter dans l'espace : à l'automne, premier état, tout était parfait : Claire et son corps étaient en plein accord. Ce fut le temps des rencontres multiples, qui ne laissent pourtant que des souvenirs vagues. Les gens qu'elles voyaient dans le bar où elle travaillait ou lors des soirées où elle se rendait ne sont plus dans son souvenir qu'une seule et même silhouette. Depuis cinq ans, elle s'appelle Claire Vermont, parce que, c'est le plus probable, elle a épousé Marc Vermont, dont elle ne se rappelle pas grand-chose. Claire passa l'hiver seule ; dorénavant les rencontres, les gens, c'était fini. Ce fut le début de sa séparation d'avec son corps, l'hiver de l'angoisse. Elle devint une fille comme à côté des choses, proie idéale pour une secte. C'est à ce moment-là que Franck, le recruteur, est apparu. Puis vint le troisième état, celui des déserts, Claire n'a plus de corps du tout. C'est le temps de l'abnégation, de l'oubli radical de soi. Son corps flotte, insensible et inutile, et son esprit ressemble à une boule de coton hydrophile, vaporeuse, blanche, unie, molle. Mais le bruit de la voiture d'Éric venu la chercher la réveille : elle revoit tout, les trois états par lesquels elle est passée, les gens qu'elle a rencontrés, son mariage, Franck, dans un éblouissement lucide. En voyageant avec Éric, en vivant enfin pour quelqu'un, même un bref moment seulement, Claire retrouve l'ordre des choses, retrouve enfin sa forme, son centre de gravité et le voyage prend fin.
    Sybille Grimbert est né à Paris en 1967. Elle est attachée de presse dans la mode. Apres Birth days (StocK, 2000), Le Centre de gravité est son deuxième roman.
    Sybille Grimbert entremêle les récits de trois voyages : celui que Claire et Éric font ensemble, celui de Claire jusqu'aux déserts, celui d'Éric jusqu'à Claire. Sans psychologie, Sybille Grimbert nous plonge au coeur de la subjectivité absolue : on ne connaît le passé de Claire qu'à travers le prisme de ses souvenirs qui déforment les gens, les choses, les paysages, superposent les situations, tordent le temps. Ses longues phrases résonnent comme autant d'images réfractées. On aime reconnaître le son de Birth Days, la gravité en plus.

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